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21/01/2008

Au pays de Samarkand

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Destination tendance prisée par des Français de plus en plus nombreux, mais aussi par des Japonais et des Coréens, l’Ouzbékistan, carrefour touristique entre l’Europe et l’Asie, fut depuis toujours un centre commercial et religieux. Les plus grandes civilisations participèrent à la création de ce pays médian entre les frontières de l’Eurasie.

La cour de la mosquée Tilla Kari à Samarkand est un jardin planté d’arbres. Tout autour, abritées sous les arcades ornées de majoliques, les portes basses des anciennes cellules d’étudiants ouvrent aujourd’hui sur des échoppes d’artisanat. A la lumière de l’unique ampoule suspendue à la voûte, Slimane déballe sur le sol les riches étoffes brodées, les suzanis chamarrés, les soieries de couleurs… Parfois son visage se fend d’un large sourire sur ses cinq belles dents dorées. Les Ouzbeks, hommes et femmes, sont fiers d’arborer ainsi les signes matériels de leur réussite. Dans ce pays jeune, qui se reconstruit après plus de 120 années de domination russe puis soviétique, l’ascension sociale se mesure ainsi parfois naïvement au nombre de dents en or. A la possession d’une voiture aussi. Indispensable pour se déplacer dans ce pays vaste, entre les déserts et les oasis, dans les villes qui s’étalent à l’horizontale le long de boulevards sans fin et de larges avenues arborées. Samarkand et Tachkent vivent à l’ombre des chênes et des platanes. Partout des fleurs en parterres et en grappes, des vignes en treilles pour couvrir les façades et les patios. A Boukhara, des mûriers centenaires ombrent de grands bassins à gradins que l’eau des nappes vient remplir et qu’entourent les élégantes galeries de bois des mosquées et les coupoles turquoise des médersa. L’Ouzbékistan est un pays de cultures, de riches oasis nées de la savante gestion de l’eau de trois fleuves. Ils prennent leurs sources dans les hautes montagnes du Pamir et s’en vont se perdre dans les steppes arides du nord en deltas morts vers des marécages et d’immenses lacs fluctuants, comme la mer d’Aral. Ce sont, à l’ouest,  l’Amou Daria dont les eaux irriguent la région du Khorezm avec Khiva comme ancienne capitale, à l’est, le Syr Daria qui abreuve la région de l’actuelle capitale du pays Tachkent, et au centre, le Zeravsthan qui alimente le pays de Samarkand et de Boukhara, les anciennes capitales de l’Asie centrale, un fleuve qui disparaît dans le sol sans avoir  jamais vu la mer.

 

Des villes

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Boukhara. La façade de la madrasa Mir-i-arab de l’ensemble Poy Kalon, la plus belle place de la ville. Cette école coranique forme encore les futurs imams du pays.
Dans ce riche pays au climat continental, les civilisations se sont succédées. Des villes ont été édifiées, déplacées, détruites depuis la plus haute antiquité. Boukhara par exemple serait plus ancienne que Rome. Mais la ville actuelle n’a conservé que le souvenir des villes qui l’ont précédée. Elle a changé d’emplacement. L’ancienne Samarkand occupait elle aussi un site différent de celui sur lequel Tamerlan a choisi d’édifier la capitale de son empire. C’est un peu en dehors de la ville sur les hauteurs de collines pelées que se trouvait la ville d’Afrosiyah, détruite par Gengis Khan. Les Russes, derniers conquérants de l’Asie centrale préférèrent eux aussi implanter leurs villes en dehors des agglomérations existantes. De larges avenues sur des plans réguliers en damiers comme à Tachkent ou Boukhara, en étoile comme à Samarkand, avec des jardins publics et des places immenses ornées de fontaines et de monuments au lyrisme pompier. Si cette politique volontariste d’étalement urbain a marginalisé les centres anciens, devenus comme des villages au milieu des villes, elle a par ailleurs contribué à leur conservation.  Boukhara la ville oasis, traversée de canaux a conservé nombre de ses médersas, ces anciennes universités religieuses. La ville en aurait compté près de 300. Et nombre de mosquées également, sans compter les caravansérails et les coupoles de commerce qui couvraient les croisements des rues principales du bazar. Boukhara était un des lieux de commerce les plus importants de toute l’Asie centrale. Aujourd’hui, Boukhara est une ville vivante et animée. Autour de son centre historique, elle abrite plus de 300 000 habitants, ce qui en fait la 4e ville du pays. Son économie est basée sur la culture de céréales et de coton et elle possède la plus importante raffinerie de pétrole du pays.

 

Samarkand, est fière de son passé de capitale du plus vaste empire jamais rêvé, celui d’Amir Timour, notre Tamerlan, qui aurait dit pour justifier la mégalomanie de certaines de ses constructions : « Si quelqu’un doute de notre force qu’il vienne voir nos constructions ». Les arcs d’entrée de ses mosquées et de ses médersas sont les plus hauts, ses coupoles les plus audacieuses. Au centre de sa ville, au croisement des six rues principales, la place du Registan encore entourée sur trois côtés par les façades à étage, les minarets bariolés et les coupoles bleues de ses médersas, constamment rénovées, reste un des plus beaux ensembles d’architecture. Tamerlan avait rêvé pour lui-même une modeste crypte qu’il avait fait préparer dans sa ville natale, c’est sous la coupole nervurée de l’impressionnant Gour Emir qu’il repose  désormais avec les membres de sa famille.

A l’Ouest du pays, la citadelle de Khiva est toujours entourée de ses remparts de terre qui ondoient et semblent gonflés comme des outres pleines. Cette ville musée, patiemment restaurée, entre autres avec l’aide de l’Unesco, est un labyrinthe de médersas et de mosquées, de palais aux galeries ciselées de bois et de majoliques.

Algèbre et religions

Dans l’Islam médiéval, science et religion faisaient bon ménage. L’enseignement était dispensé dans les médersas, véritables institutions qui formaient l’élite intellectuelle et religieuse du pays.

Au 9e siècle, Boukhara était devenue l’un des centres culturels et intellectuels du Maveramah en même temps que le foyer de cultures arabe et perse. Al Khawarizmi, mathématicien célèbre pour ses traités d’algèbre, aurait laissé son nom à l’<algorithme> moderne. Avicenne (Ibn Sina), philosophe, médecin et poète, est né en 980 à une centaine de kilomètres de Boukhara. Son contemporain, Al Birûni, mathématicien, astronome, mais surtout géographe et cosmographe, voyagea d’Iran en Inde et travailla beaucoup en Asie centrale notamment sur ses célèbres tables astronomiques. Omar Khayyam, savant et poète persan du XIe est plus célèbre aujourd’hui pour ses poésies aux relents pessimistes et blasphématoires (ses célèbres quatrains) que pour ses travaux d’astronome et de mathématicien. Les plus grands érudits du monde musulman étudient et enseignent dans les 250 madrasas de la ville. Les étudiants arrivent d’Arabie, d’Irak et même d’Espagne pour apprendre dans l’une des plus grandes bibliothèques du monde musulman. La perle d’Orient rayonne dans tout l’Occident. 

Le pays se trouve également au carrefour des quatre grandes religions mondiales avec les vestiges du bouddhisme à Termez dans le sud, de nombreux temples orthodoxes, les synagogues juives de Boukhara et les nombreux sites sacrés pour l’Islam qui classent l’Ouzbékistan en seconde position après l’Arabie Saoudite. Les Ouzbeks sont aujourd’hui à 85% musulmans, mais la pratique quotidienne de l’Islam y est vécue avec modération. Pas d’appel à la prière du haut des minarets. Pas de pression sociale pour la pratique du jeûne en période de ramadan. Une laïcité de façade. La période soviétique a fait avancer la société sur certains points essentiels comme l’égalité entre hommes et femmes que personne ne semble vouloir remettre en question.

A la croisée des routes (et des explorateurs)

Samarkand, Boukhara, Khiva, Tachkent… c’est par ces villes étapes de la route de la soie que transitaient toutes les richesses du monde. La route était parcourue de commerçants chargés de soie, de jade, d’épices, ou d’ambre et le soir, dans les caravansérails, d’étranges histoires se racontaient, mêlant mythes antiques, peurs ancestrales et légendes.

Plusieurs témoignages de cette épopée nous sont parvenus dont le premier ouvrage rédigé par Marco Polo, plus ambassadeur que commerçant, qui raconte les aventures d’un marchand occidental sur la Route de la soie. Cet exemple fera école. Un demi-siècle plus tard, le marchand florentin Francisco Balducci Pergolotti écrira un guide pratique à l’attention des commerçants se rendant en Chine. Si les commerçants ne faisaient qu’une partie du chemin, des ambassadeurs, des explorateurs ou des missionnaires entreprenaient de longues expéditions qui duraient plusieurs années, certains consacrant une partie de leur vie à un seul voyage. Tel le voyageur arabe Ibn Battuta qui, au début du 14e siècle parcourut le monde pendant plus de trente ans. Tels aussi Clavijo, Schuyller ou Ella Maillart.

Au carrefour des Empires

Les conquérants d’Asie centrale ont tour à tour détruit ou bâti empires, villes, civilisations alors que les peuples se mélangeaient au rythme des migrations dans un <melting pot> de croyances religieuses, de langues et de cultures. A 21 ans, Alexandre le Grand se rend maître de l’Egypte, de l’Asie Mineure puis de la Perse achéménide en 330 av JC. L’empire perse unifie alors tout l’Orient connu, du Nil au Syr Daria. De l’autre côté du toit du monde, la Chine entame ensuite son inexorable expansion vers l’Ouest. C’est au milieu du second siècle avant notre ère que les deux mondes vont se rencontrer. A cette époque, les Xiongnu, nomades huns fort belliqueux mordent la frontière de la Chine. Wou-Ti, empereur de Chine, envoie en 140 av JC un émissaire, Tchang-Kien négocier un accord avec les Barbares. Capturé à deux reprises par les Huns, celui-ci ne rejoint la Chine que 13 ans plus tard, après s’être informé des possibles routes commerçantes. Cette ambassade marque le début de l’expansion chinoise en Asie centrale et des échanges commerciaux de la Route de la soie.

Au 7e siècle, la conquête arabe s’étend vers l’Asie centrale. Suivie au 13e de l’invasion mongole menée par Gengis Khan qui s’empare de Boukhara, Samarkand. Descendant de Gengis Khan, Tamerlan a bâti au 14e siècle un immense empire qui allait de Moscou à Delhi, de Bagdad aux abords de la Mongolie. Souverain de la Transoxiane et seigneur de Samarkand, il est aussi un fervent promoteur des arts et des sciences comme en témoigne l’imposant patrimoine architectural de Samarkand. Oulough Begh, son petit-fils, lui succède. Plus passionné d’astronomie que de guerre, il consacre Samarkand comme capitale de la culture et de la science au 15e siècle.

Après ces grands conquérants, des khans ouzbeks s’installent à Khiva, à Boukhara et à Kokand, faisant de ces villes d’éternelles rivales. Elles sont ensuite l’objet de ce que Rudyard Kipling appela le grand jeu entre Russes et Britanniques avant d’être envahies par l’Empire russe des tsars. Puis par les soviétiques jusqu’à l’indépendance, le 1er septembre 1991.

Aujourd’hui, le pays, gouverné par Islam Karimov, ancien secrétaire général du part communiste, est au centre de rivalités politiques entre les USA, la Russie et la Chine qui cherchent à contrôler ses fantastiques réserves de gaz et à prendre position dans cette région stratégique, au nord de l’Afghanistan. L’Ouzbékistan dispose d’importantes ressources minières, de réserves en or et en pétrole, gaz et uranium et d’une culture agricole très variée : le coton et la soie, mais aussi quantité de légumes et de fruits dont plus de 120 variétés de raisins.

Au tournant du siècle

Les chameaux ne trottent plus en file indienne sur les antiques routes des caravanes. Les camions qui se suivent sur les routes souvent défoncées d’Ouzbékistan transportent de lourdes canalisations de métal pour l’irrigation ou des cargaisons débordantes de coton. Le commerce entre l’Occident et l’Extrême-Orient se fait désormais par voie maritime. Déjà à la fin du 19e siècle, le chemin de fer construit par les Russes (avec l’aide d’ingénieurs belges) avait remplacé les caravanes qui transportaient le coton en Inde. Les commerçants préféraient le train et les longs trajets en bateau plutôt que de traverser les montagnes périlleuses d’Afghanistan. Le pays replié sur lui-même, sur ses richesses minières et ses cultures se libère lentement de l’héritage collectiviste. Les salaires sont faibles, la terre qui appartient toujours à l’état est parfois mise en location, mais tous les ans en septembre, l’état réquisitionne dans les écoles la main d’œuvre nécessaire à la récolte du coton. L’Ouzbekistan tenu de main de fer est cependant fier d’être un pays en paix après quinze ans d’indépendance. L’ouverture se fera-t-elle par le biais du tourisme  ? Des équipes d’archéologues ont mis à jour le site bouddhique, la mosquée et la synagogue de Termez, invitation à une nouvelle forme de tourisme hors des sentiers battus. Vaste chantier pour des architectes intéressés par la restauration ? De nombreuses madrasas sont déjà répertoriées comme libres à la rénovation dans le vieux Boukhara. L’ambassade d’Israël vient d’acheter l’une d’elles pour en faire un musée intitulé <La maison de la mémoire> en hommage à l’importante communauté juive installée à Boukhara. L’Ouzbékistan dispose d’un climat plus que favorable avec 8 mois de beau temps par an. Notre consul, Jean-Claude Beaujean pense même que le pays peut devenir un lieu de retraite privilégié, les Ouzbeks, particulièrement attentifs aux personnes âgées – qui vivent encore en famille avec leurs enfants et petits-enfants – disposent d’un quota important de médecins et d’infirmières très qualifiés.

Au vu de la situation afghane notamment, les Ouzbeks aspirent avant tout au calme, à la quiétude familiale et à pouvoir faire des affaires dans un pays jeune, en plein développement, qui doit entamer un grand tournant : passer du commerce de bazar au commerce national et international.

Quentin Wilbaux et Christiane Thiry – photos Quentin Wilbaux

Nos coups de cœur

Tachkent

Une balade de nuit dans le Broadway de la ville, la place Amur Timur.

Boukhara

Restaurant Shark, à gauche du Boukhara Palace. Très bonne cuisine traditionnelle Rue Navoi (65) 223 50 04

Minzifa. Nouvelle cuisine d’inspiration locale dans un cadre simple et raffiné

Toki Sarrafon 1st Tardind Dome (65) 224 61 75 www.minzifa.com

Hovli poyon, maison d’hôte dans une ancienne demeure restaurée avec goût.

15, Usmon Hodjarva (998) (65) 224 18 65 Hovli-poyon@mail.ru  Samarkand

Crystal. Un vrai petit restaurant dans une maison du quartier russe. Large choix de salades délicieuses, caviar, plats entre 2 et 4 dollars. Vin de Samarkand

3, rue Ataturk (ex-rue Ouzbekistan) (3662) 33 10 16

B&B Antiqa, deux maisons traditionnelles transformées en maisons d’hôtes et gérées par les sœurs Aziza et Kutbya au cœur du quartier historique. Repas le soir sur demande dans la cour arborée. 56-58, rue Iskandarov (662) 35 20 92, 35 81 85

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Sur les traces de Gengis Khan et de Tamerlan

La Libre Essentielle vous invite à découvrir du 15 au 25 avril 2008 l’Ouzbékistan, un pays étonnant au cœur de l’Asie centrale. Longtemps fermé au monde occidental et pourtant berceau de la culture humaine, vous y découvrirez des peuples chaleureux et des monuments prestigieux : cités au passé glorieux, architectures aux mosaïques éblouissantes, sites archéologiques témoins d’une histoire où se succédèrent à travers les siècles conquérants implacables et bâtisseurs de génie.

Vous vibrerez aussi à  la magie de cette « route de la soie » qu’empruntèrent autrefois les caravanes chargées d’épices et de parfums, et ce n’est pas sans émotion que vous visiterez Tachkent, capitale du pays, Samarkand, l’un des plus anciens foyers culturels au monde, Boukhara, célèbre pour ses 360 mosquées, et  Khiva dont l’architecture unique n’a pas d’équivalent en Asie centrale.

Vols assurés par la compagnie aérienne régulière Ouzbékistan Airlines, hôtels 3 et 4 étoiles et accompagnement de Bruxelles à Bruxelles.

Réservez dès aujourd’hui et soyez les quelques privilégiés qui participeront à ce voyage inédit.

Programme

Jr 1   Départ de Bruxelles et envol de Paris CDG vers Tachkent

Jr 2  Arrivée à  Tachkent

Jr 3  Tachkent / Ourgentch - Khiva

Jr 4  Ourgentch - Boukhara

Jr 5  Boukhara

Jr 6  Boukhara

Jr 7  Boukhara – Samarkand

Jr 8  Samarkand

Jr 9  Samarkand – CHAKHRISABZ - Samarkand

Jr 10 Samarkand - Tachkent

Jr 11 Tachkent – Envol vers Paris/CDG, continuation vers Bruxelles .

Pour toute information : YC Art et Culture

Tel : 02/738 74 22

c.lapchin@ycare.be 

www.ycare.be

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